Spiritualité, matérialité et priorités


C’est un article qui s’annonce long et brouillon.

Les rencontres païennes que j’ai pu faire ici, au Pays de Galles ont eu sur mon cheminement un impact plus important que je l’aurais imaginé. Tout d’abord, j’ai rencontré des gens géniaux, différents et tout une culture autour du paganisme qui n’existe peut-être pas de la même façon en France. Avant de partir, j’étais en plein questionnement sur ma spiritualité et la façon dont je la vivais et la matérialisais au quotidien. Ce n’était pas forcément un questionnement conscient d’ailleurs, en tout cas pas entièrement. En un sens, je savais que quelque chose était déséquilibré mais en même temps je me disais qu’après tout tant que cela fonctionnait, même à moitié, pas la peine de s’inquiéter. Imaginez une pile de vaisselle salle dans un évier sur laquelle on rajoute assiettes et verres sans trop s’en préoccuper parce que tant que cela ne s’écroule pas tout va bien.
Ma spiritualité c’était plus ou moins ça. Je perdais une énergie folle à essayer de faire tenir les assiettes en équilibre. Attention, je ne dis pas que je remets en question tout ce que j’ai pu pratiquer ou apprendre ces dernières années ! Loin de là, je n’envisage pas du tout de l’abandonner et je ne l’ai jamais fait. Ce que je veux dire c’est que ma pratique est éclectique, très, trop peut-être pour rentrer dans un cadre. D’ailleurs, j’ai vite abandonné l’idée, j’avais bien essayé de me conformer à la wicca pendant un temps il y a quelques années mais force était de constater que cela ne pouvait pas le faire. J’avais alors abandonné les cadres et opté pour quelque chose de complètement free style (ou presque) et cela m’a plus ou moins convenu pendant un temps. Le problème quand on abandonne toute forme de dogme c’est que la spiritualité devient à certains moments brouillon, vraie et intense mais elle manque parfois de cohérence.

Cette cohérence, je me suis longtemps interrogée dessus et demandée si elle était conditionnée par l’absence d’une communauté physique. Je ne pense sincèrement pas qu’il existe une vraie réponse à cette question, déjà parce que le concept même de cohérence dont je parle est avant tout lié à un ressentit personnel.

En arrivant en Grande Bretagne, j’ai commencé à assister au fameux Pagan Moot de la PFI. Pour être entièrement honnête, sur le chemin pour aller au premier j’étais à la fois excitée de cette nouvelle expérience et en même temps j’avais un peu peur de me retrouver au milieu de new ageux bien glauques comme on en trouve par chez nous. Et puis il y avait aussi cette partie de moi qui a pendant longtemps eu du mal avec la PFI, pas forcément en elle-même mais surtout en tant que concept, je crois que c’est l’un des dommages collatéraux d’une France sectophobe dont la prévention tend pas mal vers de la paranoïa.

Le fait est que cette première expérience s’est révélée très enrichissante, tant sur le plan spirituel (il est toujours positif de confronter ses croyances à celles des autres de façon constructive) qu’humain. J’ai pleinement pris conscience de certains aspects du paysage païen francophone et pas forcément en négatif. Certes, désolée pour mes compatriotes païens, je considère le Royaume Uni comme une sorte d’Eldorado du paganisme (avec ses défauts quand même, parce que contrairement à certaines apparences, tout n’est pas toujours facile ici non plus). Mais en même temps, cela m’a permis de prendre un recul nécessaire par rapport à la communauté en France et à ce qu’elle pourrait devenir dans un futur pas si lointain.

Bref tout ça pour dire que ces rencontres que j’ai faites ainsi que  l’environnement ici, m’ont permis de remettre un certain ordre dans ma spiritualité. Je ne parle pas d’y coller des cadres de partout, simplement de ranger un peu, concepts et croyances parce qu’en fin de compte, une fois ordonnés, elle est là cette fameuse cohérence que je cherchais partout. J’avais dû la perdre sous la pile d’assiettes 😉

La vie est tellement plus simple quand on est en phase avec sa spiritualité ! On a déjà beaucoup moins mal à la tête, tout est plus doux, plus fluide en un sens. La pratique aussi prend un tout autre sens, une toute autre mesure. On en arrive donc au sujet de ce post (oui oui, on y arrive juste, alors faites-vous un thé, parce que ce n’est pas fini ^^).

Je n’ai jamais eu de doute sur ma spiritualité dans sa globalité, pas de doute de ceux qui vous donnent parfois envie de tout envoyer en l’air en tout cas. Cela dit, comme je l’ai écrit, même si je croyais, je me suis parfois demandé si la façon dont je croyais n’était pas déséquilibrée en un sens,  c’est un sentiment sur lequel il est assez difficile de mettre des mots, cette sensation de se sentir ballottée sans vraiment arriver à reprendre son équilibre. Or, pour ceux qui me lisent depuis quelques temps (l’article n’est plus si récent), je considère la spiritualité comme un jeu d’équilibres. En relisant un texte que j’avais écrit en 2011, je me suis rendue compte que ma vision des choses n’avait pas changée, mais qu’au lieu de gracieusement me balader sur le fil en question, j’étais plutôt tel Indiana Jones, en train d’essayer de ne pas m’écraser au fond du ravin.

Le fait est que quand vous ne perdez pas une grande partie de votre énergie à essayer de vous maintenir sur la corde-spiritualité, quand vous vous promenez avec équilibre et stabilité, votre vision des choses évolue. Le ravin, n’est plus menaçant, vous profitez de la vue, du vent dans vos cheveux, tout simplement du voyage.

Il m’aura fallu mettre les 2/3 de ma spiritualité entre parenthèses puis m’expatrier pour arriver à admirer la vraie beauté du chemin sur lequel j’avance depuis si longtemps. Du coup, ma perception du quotidien autant que de ma pratique à évoluée, les assiettes se sont rangées d’elles-mêmes, sans finalement avoir besoin de l’énorme ménage de printemps que je redoutais. Tout s’est fait tout seul, sans même que je m’en rende compte. Finalement je m’en suis aperçu il y a seulement quelques jours. Je repensais à une discussion que j’avais eu avec un membre du moot croisé à Wyrdfest. Après une conférence géniale donnée par un druide, nous avions bavardé quelques instants sur l’OBOD et les cours donnés pas cet ordre.

Pour ceux qui ne sont pas familiers du terme, l’OBOD est l’Ordre des Bardes Ovates et Druides (en vo, the Order of Bards, Ovates and Druids), une organisation qui réunit  de nombreux druides (dont la majorité des druides d’outre-Manche) et propose entre autres choses des séminaires, conférences et un cursus druidique.

Nous avons donc abordé, rejoint par un autre membre du moot (nous étions presque tous à Wyrdfest ce week-end-là ^^) le sujet de la formation offerte par l’OBOD, rapidement hein, mais comme on en avait déjà parlé au moot précédent cela m’a donné envie d’y jeter un œil. Certains (pas mal en fait) des membres du moot l’ont suivi ou la suive et de ce que j’ai pu en voir, c’est vraiment quelque chose de complet et d’intéressant. Bref, j’ai donc décidé d’aller sur leur site pour me renseigner un peu plus. C’est amusant, parce que l’on m’avait déjà parlé de cette formation il y a quatre ou cinq ans. Je me souviens à l’époque d’avoir trouvé le concept chouette mais de m’être fait la réflexion que franchement, je n’étais pas sure de vouloir investir financièrement parlant ce qui me semblait être une grosse somme pour cela. C’est amusant parce qu’en retournant sur leur site, je savais déjà que les informations que j’allais lire concernaient une formation payante mais je me suis rendue compte que le principe même de payer pour recevoir une formation spirituelle ne me posait plus de problèmes. Je n’ai jamais critiqué le fait de faire payer une formation, j’ai conscience de la quantité de travail du formateur mais jusqu’à il y a quelques mois, je n’aurais jamais envisagé m’engager dans ce type de chose. Principalement, je n’aurais jamais considéré avoir la capacité (à ce moment-là) de m’investir pleinement dans ce type d’étude, or pour moi qui n’est pas des moyens immenses, c’était quelque chose d’indispensable avant de considérer m’engager dans cette voie.

Pourtant, j’ai autant de boulot qu’avant, plus de lectures, plein d’activités et non, malheureusement je n’ai pas volé un Tardis qui trainait sans surveillance sur Cardiff Bay. En fait, j’ai changé de perspective en plaçant ma spiritualité dans mes priorités. En gros, ce qui passe en premier c’est ma formation académique principalement parce que l’année me coute un bras et demi et que ma réussite conditionne mon futur emploi, en second, avant c’était les corvées, la famille, les activités diverses et variées, bref tout ce que l’on doit plus ou moins faire si on ne veut pas finir ermite dans une grotte au fin fond des Alpes, ensuite, une fois tout le reste terminé, j’essayais de garder un peu de temps pour ma spiritualité. Généralement, je ne m’en sortais pas trop mal, il y avait des hauts et des bas, des périodes où j’abandonnais certaines pratiques totalement, où je ne gardais que l’essentiel car le reste me pesait terriblement. J’ai revu mes priorités, ou plutôt mes priorités se sont revues d’elles-mêmes et ma spiritualité est revenue sur le devant de la scène. Sans doute est-ce dû au fait que comme ma pratique ne me demande plus autant d’effort, de contraintes qu’avant, comme elle est plus fluide, j’y viens naturellement, sans me forcer inconsciemment.

Pour en revenir aux cours de l’OBOD, je me suis pour la première fois vraiment posée la question de me lancer dedans, pour l’instant rien n’est décidé, mais le simple fait que je me sois interrogée sur le sujet en dit long.

J’en ai discuté avec une amie ici qui m’a fait remarquer que la formation n’était pas donnée, £18 par mois quand on habite en France. Pour ce prix-là, on reçoit chaque mois les cours par la poste (ce que je trouve vraiment chouette, parce que j’aime bien avoir un support matériel quand il s’agit d’étudier). Mais en fait, en continuant à en parler, ce n’est pas si cher que ça, comme je lui ai fait remarquer, c’est plus ou moins le prix de certains livres neufs, et cela fait moins d’1€ par jour, autrement dit, le prix de mon café quotidien quand je suis en France et que je me lève tôt. Elle a réfléchit et finalement m’a dit que vu comme, ça ce n’était pas quelque chose d’impossible à s’offrir, à condition d’accepter de se passer de café, car quand on a un budget serré, parfois on est à 1€ près.

C’était vraiment, étrange de réaliser que finalement, enfin, j’étais pour faire simple, prête à sacrifier un café au profit de mon cheminement spirituel.  En réalité, le café n’est pas le seul sacrifice puisqu’une telle formation implique un certain engagement personnel qui se traduit par un investissement en termes de temps. Ce n’a d’ailleurs jamais vraiment été l’aspect financier qui me bloquait mais plutôt ce fameux « manque de temps ».

Alors certes, je vais manquer de temps, j’en manque déjà, mais je me suis rendue compte que finalement ce n’était pas si grave. La société s’attend à ce que nous fassions un million de choses en un temps limité, en conséquence, nous sommes stressés et avons l’impression de perdre pied ou de n’avoir rien réalisé dès que nous essayons de lever le pied.
Et puis, manquer de temps pour quoi ? Pour regarder le dernier épisode de telle série ? Passer 2h sur facebook ? J’ai longtemps voulu arriver à faire ce que les gens autour de moi, que je considérais ayant du succès, faisaient. J’avais peut-être mis la barre trop haute ? Ou tout simplement je m’imposais des choses qui ne me convenaient pas. Un peu comme avec ma spiritualité, j’essayais d’empiler des assiettes en maintenant un équilibre précaire, un flux tendu qui n’était pas sain.

Bref, j’ai eu quelques moments de clarté voir d’illumination dernièrement principalement sur des choses qui se sont mises en place récemment et sans même que je m’en rende compte.

Si vous êtes arrivés jusqu’ici sans aspirine, bravo ! 🙂

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4 réflexions sur “Spiritualité, matérialité et priorités

  1. Pas de mal de tête non plus…
    et je partage beaucoup des points que tu as développés… j’ai longtemps fonctionné comme çà, en gardant le « meilleur pour la fin » (la spiritualité), sachant que majoritairement, soit je n’avais plus de temps, soit j’étais trop crevée…. bref, pour en arriver à une extrême simplification des pratiques… ce qui n’étai pas un mal en soi, finalement…. car cela permet de remettre dans l’ordre les priorités…
    Pour ce qui est du coût des cours, j’estime comme nos anciens, que tout travail mérite salaire… argent ou troc…. et je ne trouve pas que le prix soit exorbitant… Après là aussi, çà peut être question de priorités… et franchement, chaque jour un pas supplémentaire vers Toi ou un café, y a pas photo, non ?
    Et, si tu trouves un Tardis, fais moi signe, je serais intéressée… 😉
    Plein de courage pour ce nouveau « virage »…:).

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  2. Le coup de payer pour une formation ne m’a jamais en soit paru un problème, tout est dans le ratio qualité de la formation / prix. Après je pense qu’on a un gros problème avec tout ce qui touche à l’argent en France : on râle, on râle, on veut une communauté païenne comme chez les anglophones, mais personne n’est prêt à payer ou à démystifier le pouvoir de l’argent. Pour moi, refuser l’argent et le considérer comme « malvenu » dans ce qui touche au spirituel est d’une part hérité du catholicisme (contrairement à l’éthique protestante dans laquelle la richesse est vue comme une bénédiction, cf « De l’éthique protestante et du capitalisme » -ouche ils sont loin mes cours de terminale-) et aussi à l’existence d’un problème : on assume pas le « pouvoir » de l’argent et en le dénigrant, on montre juste qu’on lui accorde beaucoup plus d’importance, alors qu’il faudrait le reconsidérer comme un simple échange factuel.

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    • Je suis complètement d’accord avec ce que tu dis sur l’argent dans la communauté païenne, cela dit pour le côté sur le catholicisme, j’ai toujours trouvé très hypocrite de prôner la simplicité (matériellement parlant) et de proposer de racheter (au sens propre) ses pêchers comme l’Église a pu le proposer pendant un temps aux nobles/bourgeois fortunés mais c’est peut-être mon côté « on n’achète pas sa place au paradis/valhala/summerland/[insert whatever you believe in here] » ^^
      Après, c’est vrai que contrairement à la France, la Grande Bretagne et plus exactement la communauté païenne, a une autre vision de l’argent. Comme ce n’est pas « le maaaaal », les gens ne sont pas choqués de payer pour une formation ou un workshop et du coup on trouve de tout, pour tous les budgets, des ateliers les plus accessibles aux séminaires de 3 semaines en pension complète au milieu des druides. Parfois je me dis que c’est ce problème vis à vis de l’argent qui fait qu’en France on n’a pas tout ce qui se développe outre-Manche, j’ai souvent l’impression que comme « c’est mal de payer », les gens n’osent pas mettre en place des workshops à 20€, du coup, on se retrouve soit entre pratiquants de telle ou telle tradition (si on a la chance de connaitre d’autre païens et de ne pas habiter trop loin), soit avec des conférences à 150€ la tête pour 10 minutes (ce qui a tendance à réveiller ma paranoïa, surtout quand il s’agit de photos d’aura photoshopées). On n’a pas vraiment de juste milieu… ou tout simplement moins de choix…
      Bref, après le long post, le long com’ 😛

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  3. Héhé je suis arrivée jusqu’au bout sans aspirine ^^ Alors on me félicite hein :p
    Vraiment contente pour toi que tu es enfin pu mettre de l’ordre dans ta pile d’assiette 😉 d’ailleurs j’adore cette métaphore.

    Je crois que finalement on court tous après le temps dont on manque cruellement, mais à nous de faire le tri et de mettre en avant nos priorités, quelle qu’elles soient 🙂

    Bon courage ! Bisous .

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