Espace sacré et éco-activisme païen


2014 (et la fin 2013) aura définitivement été l’année des grandes prises de conscience (option, paf dans ta face il faut l’avouer). Prendre conscience puis prendre position pour finalement se retrouver sur la bonne voie et le ressentir au plus profond de mon être quitte à encaisser quelques coups à l’égo au passage.

Aujourd’hui, je veux vous parler de la Terre. En fait, cela fait plusieurs mois que j’essaie de mettre en forme un article sur l’espace sacré dans ma pratique païenne. Sans succès. J’ai aussi tenté d’écrire sur l’engagement politique/citoyen et le paganisme, là encore, sans arriver à aller au bout. Je ne manquais pas d’idées sur ces thèmes mais je n’arrivais pas à articuler mon propos, à mettre des mots sur mes ressentis et à les intégrer dans mes actions. Au final, ce n’est pas vraiment un problème d’écriture mais quelque chose de plus profond qui a créé ce blocage.

Et puis il y a eu le déclic, la prise de conscience et surtout, SURTOUT l’acceptation de celle-ci. Comme par miracle, j’arrive à écrire, à mettre des mots sur mes idées même si mon propos reste embrouillé. La clarté verbale viendra avec le temps, ce qui compte le plus pour moi, c’est que mon esprit est clair. Je vais donc vous parler de la Terre en tant qu’espace sacré et du sacré dans la vie quotidienne. Je risque de vous faire fuir avec mon discours écolo-casse-pompes mais cette réflexion n’existe pas dans mon côté « bouffeuse de légumes bios ».

L’espace sacré dans le cadre du néo-paganisme est quelques chose d’assez mal définit, au moins de mon point de vue. Les catholiques ont des églises, les protestants, des temples, les juifs, des synagogues, les musulmans des mosquées, les hindous, des temples (mais pas les mêmes que plus haut hein ^^)… etc Pour les besoins de mon propos, j’utiliserai ici le terme de générique de temple pour parler d’un lieu de culte.

Nombre de religions ont donc leurs temples, mais ce n’est pas systématique, notamment dans le néo-paganisme. Le néo-paganisme c’est avant tout un terme ombrelle chapiteau sous lequel on retrouve des religions et des spiritualités qui n’ont pas grand-chose à voir les unes avec les autres. Le néo-paganisme, ce n’est pas une religion avec une structure, une hiérarchie, des ministres du culte et des temples. C’est un ensemble de gens qui croient en des choses parfois semblables, parfois non, qui se regroupent ou pratiquent seuls. Bref, c’est un joyeux bordel dont on (le net, nous, vous, eux, la société… etc) essaie parfois de nous faire croire qu’il s’agit une seule entité. Là, j’ai envie de dire, kikoo lol parce que dans néo-paganisme, il y a paganisme dont la racine « paganus » signifie pour certains paysan ou pays (au sens terre sur laquelle tu habites toi gentil lecteur), on va passer sur les débats étymologiques qui entoure le terme. Personnellement, je défini « paganisme » comme « culte de la terre » ou, comme disent nos amis anglo-saxons « Earth Based Spirituality/Religion. Une religion/spiritualité (je ne vais pas me relancer dans le débat sur l’usage de ces termes) basée sur la révérence de la terre, de la Nature avec un grand N (et pas forcément en opposition à la Technique, création humaine).

Pour faire simple, ce que je veux dire, c’est que pour moi, le paganisme, MON paganisme a pour épicentre la vénération de la Terre, de l’équilibre naturel. La Nature est mon temple comme on le voit souvent sur de joiles photos sur les réseaux sociaux. Du coup, vous parler de l’espace sacré, c’est pour moi vous parler de la Nature, qu’il s’agisse du parc derrière chez moi avec sa mini forêt de lauriers sauce, des bois dans lesquels j’aime me perdre ou juste des jolis massifs du rond-point d’à côté. Où qu’elle soit, la nature est sacrée pour moi et le moindre espace où elle perce le béton, un espace sacré. Plutôt grand comme temple n’est-ce pas ?

Pendant longtemps, quand on me posait des questions sur mon espace sacré, je parlais de mon autel. Cela ne m’empêchait pas de percevoir le sacré des bois et des sources mais je limitais géographiquement mon espace sacré à mon autel. Et c’était dommage, car mon autel est à l’intérieur et en un sens profondément technique (au sens de « human-made »). C’est dommage car c’est bien dans les petits bouts de nature, à l’extérieur, que ma magie est la plus tangible or le principe (pour moi) de l’espace sacré est d’être un endroit où la communication avec les dieux et les esprits est la plus aisée, la plus naturelle. Pour faire simple, la nature, c’est mon téléphone portable avec les dieux, mon autel, c’est plus un bipeur.

Ces derniers jours, comme à chaque fois que je bosse sur le Tarot des Yeux, j’ai mis en fond des documentaires. Cela fait longtemps que je suis désabusée vis-à-vis de notre civilisation. Avaler des hormones, vacciner automatiquement les enfants avec des produits sur lesquels on n’a pas de recul, polluer les océans avec des déchets nucléaires… bref, à chaque fois que j’y pense, je suis tiraillée entre l’envie de casser quelque chose et celle de m’exiler loin de cette société pour pleurer.

Pourquoi ? Pourquoi suis-je si affectée de voir le monde être bétonné ? Pourquoi est-ce que les bidons de Round-up dans les jardineries me rendent folle de rage ?

La réponse à cette question n’est pas évidente. Parce que la forêt c’est chouette, que les pommes pleines de pesticides n’ont pas de goût ou encore que j’aime les fleurs qui poussent sur les trottoirs ? Oui et non. J’ai fini par réaliser que c’est la souillure du sacré qui me blesse. Le sacré n’est pas uniquement présent dans la nature, on le trouve dans les temples quels qu’ils soient, dans les bibliothèques et sur nos autels aux bougies en paraffine. Le sacré, l’espace sacré, c’est l’espace qui est respecté, honoré, aimé, apprécié. Je prends soin de mon autel, j’y place chaque chose avec amour, je l’entretiens, le nourris d’énergie et de respect.

Autel de Mabon 2014
Autel de Mabon 2014

Et là, il y a eu la prise de conscience. Celle qui m’a fait comprendre pourquoi je mange bio et local, pourquoi je composte mes pelures de poire et pourquoi je ramasse les papiers qui trainent en forêt. J’entretiens l’espace sacré, commun, la maison de tous. Et ma réflexion est allée plus loin quand je me suis demandée pourquoi les dérives de l’industrie agro-alimentaire me mettaient en colère. Parce qu’elle porte atteinte à nos corps, à nous, à la divinité de l’animal, qu’il soit homme, lapin, bœuf. On est tous au même niveau, tous utilisés, tous dégradé et l’environnement avec.

« My body is my temple », « Nature is my temple »… et bien quel mauvais soin nous prenons de nos temples ! Notre société souille l’espace sacré et cela me désole. J’ai compris qu’attendre et râler ne mènerait pas loin, qu’entretenir son espace sacré comme on entretien son petit lopin de terre au milieu d’une décharge ne pourrait pas me satisfaire maintenant que j’ai ouvert les yeux.

Et puis d’autres réalisations sont arrivées, comme la vague d’un tsunami, elles ont fait pas mal de dégâts dans la petite ville de convictions que je m’étais construite, elles ont emporté beaucoup de choses. Et je me suis assise au milieu de mes ruines. J’ai vu que mes valeurs étaient toujours là, bien droites et que de vieilles idées, des passions, des envies qui avaient été étouffées par les pubs, le groupe, les messages dont on nous bombarde ont refait surface. Mes convictions de gosse ont survécu à la tempête qui a emporté mes consensus d’adulte. J’ai décidé de reconstruire mon autel intérieur et d’entretenir l’espace sacré. J’ai décidé d’arrêter de me cacher derrière mon petit doigt et d’agir et surtout, surtout de ne pas renoncer comme je l’ai fait par le passé.

Fail Earth once, society’s bad, fail Earth twice my bad.

C’est donc en essayant de comprendre ma vision du sacré, de l’espace sacré que j’ai compris le pourquoi du comment de l’action politico-environnementale de certains païens comme Starhawk. En fait, ils ne font qu’entretenir l’espace sacré, celui que nous partageons tous, notre maison.

S’engager au service de l’environnement est l’affaire de tous et dans ce « tous », il y a moi, petite païenne. Je vais terminer cet article en jus de boudin comme on dit (végé le boudin, ne vous en faites pas 😉 ) et vous laissez sur une citation du Dalai Lama…

Si vous avez l’impression de ne pas pouvoir y faire grand chose, tentez l’expérience de dormir avec un moustique … et vous verrez lequel des deux empêche l’autre de dormir.

Si vous avez lu la totalité de mon blabla, vous avez bien du courage !

maison

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7 réflexions sur “Espace sacré et éco-activisme païen

  1. […] question resteront bien sûr liés au paganisme, à la spiritualité et aux pratiques divinatoires. Il y a deux ans maintenant, j’avais publié sur l’ancien blog un article sur le thème d… et depuis, plus rien. Il est grand temps de remédier à cela ! Au programme : DIY et […]

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  2. Bonjour.
    J’ai trouvé votre article un peu par hasard, en surfant sur la toile.
    « La nature est sacrée pour moi et le moindre espace où elle perce le béton, un espace sacré »: connaissez-vous le cultissime groupe anglais New Model Army? « And where the grass grows through the concrete / It shows me where to follow, it shows a path to follow » (http://www.newmodelarmy.org/index.php/the-music/lyrics/209-peace-is-only) C’est un de leurs refrains que je préfère…
    Votre démarche, vers ce regard embrassant tant le spirituel que le strict concret vis-à-vis de notre Terre-Mère, est logique, cohérent, il va dans le sens d’une vision globale de ces questions.
    Suivant un chemin un peu différent, ma vision du monde sur les domaines écologique, spirituel, anthropologique, économique, social, sociologique, artistique et j’en passe, prend, chaque année, elle aussi un peu plus de cohérence globale en lien avec le vivant auquel nous appartenons et le sacré que je ressens à travers ce vivant, dans ses innombrables déclinaisons. Tout cela est lié / ne fait qu’un! C’est une manie fatale de la civilisation que de vouloir mettre chaque élément dans une boîte hermétique, puis de classer toutes ces boîtes selon un ordre qui sied à notre maladie scientiste…
    Finalement, on peut dire que nos démarches relèvent pas mal du domaine de ce qu’on appelle l’écologie profonde, même si ce serait forcément réducteur.
    Bonne suite de chemin dans la beauté, comme disent les Dine (Navajos), en tout cas… 😉

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  3. Bonjour, je rentre maintenant dans un voyage en moi-même qui me lie à la Nature et qui me mène au néo-paganisme.
    Je sais que je prend un train en marche et que ce train nécessite encore plus de voyageurs. Les voyageurs s’éveillent et rejoignent le train. Un jour, mon wagon intérieur jaillira dans le monde extérieur pour agir. Je ne me sent pas encore suffisamment prête pour l’instant; mais je mûris vers ce que décrit cet article qui me touche par sa vérité!
    Mon arcane est la 2, la papesse, je sais ce qui n’est pas tangible mais je n’agis pas pour l’instant: je recueille et je me recueille.
    Merci pour ce que tu apportes au monde, tout cela n’est pas vain.

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  4. Bonjour,
    Avec un peu de retard, j’ai lu l’article. Ça fait du bien de mettre les mots sur ces petites choses qui ne vont pas. Je suis admirative quand je vois une petite fleur flamboyante s’extraire de cet horrible bitume. Quelle force ! Merci pour ce partage.

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